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Luzerne & agronomie > La filière > Atouts nutritionnels
> Utilisation des différents constituants de la luzerne
> Constance et régularité
> Disponibilité tout au long de l'année
> Sécurité alimentaire
> La contribution de la luzerne à la qualité des produits alimentaires

L’alimentation, quelle soit animale ou humaine, comporte plusieurs volets. L’aliment doit apporter à son consommateur de l’énergie, des protéines, des minéraux et des substances de croissances (vitamines, oligo-éléments…).

Afin d’assurer une bonne alimentation de ses animaux, l’éleveur recherchera des matières premières qui apporteront ces nutriments et qui seront indemnes de substances anti-nutritionnelles ou toxiques. Par ailleurs, le mélange des différentes matières premières permettra d’élaborer une ration (à la ferme) ou un aliment complet (chez le fabricant) qui apportera aux animaux les différents nutriments nécessaires de façon équilibrée.


Utilisation des différents constituants de la luzerne

L'énergie est un des principaux nutriments apportés par l’alimentation. L’énergie contenue dans la luzerne par la matière organique est diversement valorisée selon les espèces. Alors que les contenus cellulaires sont totalement digérés, les parois cellulaires (ou fibres) composées de cellulose, d’hémicellulose et delignines présentent des digestibilités variées. Les parois cellulaires constituent toutefois l'essentiel de l'énergie disponible chez la luzerne. Cette source d'énergie est valorisée par les herbivores. Cette énergie est estimée en laboratoire par la mesure de la dMO (digestibilité de la matière organique) : plus cette valeur sera élevée, plus la luzerne contiendra d'énergie. Les luzernes les plus jeunes (et les plus riches en protéines) sont celles qui contiennent le plus d'énergie. En général (chez la vache laitière par exemple), on recherche des luzernes ayant des valeurs énergétiques les plus élevées possibles.

La luzerne est connue pour sa production de protéines à l'hectare (de 2,5 à 3 t/ha). Cela en fait une culture de choix pour tous les élevages. Tous les consommateurs de luzerne déshydratées valorisent ces protéines, les besoins sont modulés selon les espèces et leurs stades physiologiques : ainsi les vaches laitières hautes productrices auront des besoins de luzerne à plus de 22 % de protéines alors qu'on limitera le taux protéique chez les lapins à 17 %.

Les parois cellulaires (structurées sous forme de fibres dans la plante) sont le constituant le moins digestible des luzernes. Le métabolisme digestif des
herbivores nécessite la présence de fibres végétales plus ou moins grossières dans la ration (les monogastriques ont aussi cette exigence mais à un degré relativement moindre). Ces fibres se caractérisent par une fraction chimique (cellulose) et/ou par une présentation physique (brins longs). Selon les animaux consommateurs, la demande portera sur la garantie du critère chimique et/ou du critère physique : ainsi
chez le lapin les fabricants d’aliments composés recherchent des luzernes apportant un maximum de cellulose brute alors que chez les gros ruminants conduits de façon intensive, cette « cellulose brute » devra être structurée en « brins longs » pour être efficace.

La teneur en cellulose brute décroît avec l'élévation de la teneur en protéines des luzernes déshydratées. Par ailleurs, le critère cellulose brute tend à être de moins en moins utilisé en nutrition animale, pour être remplacé par les critères NDF, ADF et ADL qui permettent de quantifier trois types de fibres (les hémicelluloses, la cellulose et les lignines).

Traditionnellement utilisée depuis de nombreuses années dans de nombreux pays, la luzerne déshydratée est une source reconnue de xanthophylles naturelles et de carotène. Ces caroténoïdes ont des propriétés pigmentantes et vitaminiques. Ces molécules très fragiles, sensibles à la lumière et à l’oxydation font l’objet de soins très attentifs au moment de la rrécolte. Les carotènes et les xanthophylles sont très proches d’un point de vue chimique. Les xanthophylles sont
valorisées en aviculture pour la pigmentation en jaune des oeufs et des poulets de chair (peau et pattes). Les propriétés du carotène sont avant tout à rechercher dans
le domaine de la santé (en tant que précurseur de la vitamine A notamment) et de la fertilité. Afin de proposer des produits encore plus riches demandés par le marché, des procédés d’extraction plus ou moins complexes sont mis en oeuvre dans les usines de déshydratation.

Également riches en matières minérales (dont le taux varie dans le même sens que la teneur en protéines), les luzernes déshydratées permettent un apport de calcium (nécessaire à l’entretien du squelette et jouant un rôle dans la régulation du fonctionnement du rumen en tant que substance tampon), de phosphore facilement assimilable (par rapport au phosphore contenu dans les céréales), de magnésium et de potassium (intervenant dans la régulation des échanges inter-cellulaires), ainsi que divers oligo-éléments. Ces teneurs vont aussi être influencées par les sols et les fertilisations pratiquées.

Constance et régularité

Afin de raisonner et d’optimiser l’alimentation des élevages, les utilisateurs doivent pouvoir compter sur des produits de composition constante. La filière luzerne s’est dotée très tôt d’outils de contrôle pour connaître les produits qu’elle était susceptible de mettre sur le marché et pour gérer la qualité analytique des livraisons effectuées auprès des clients. Cette maîtrise et ce savoir-faire sont reconnus unanimement par la
profession de l’alimentation animale et justifie la persistance de la luzerne déshydratée comme base pour la fabrication d’un certain nombre d’aliments. Par ailleurs cet avantage par rapport à d’autres matières premières d’origines diverses permet aussi de mieux se développer sur le marché de la consommation en l’état.

Disponibilité tout au long de l'année

L'organisation du stockage et de la mise sur le marché de façon quasi exclusive par les producteurs permet au marché de pouvoir être alimenté tout au long de l'année sans risque de pénurie. Les changements intervenant dans la composition des régimes des animaux d'élevage perturbent assez fortement leurs performances zootechniques. La régularité d'approvisionnement en un produit de composition constante tout au long de l'année est un élément apprécié par ceux qui élaborent des rations en élevage.

Sécurité alimentaire

La culture de la luzerne déshydratée se fait avec un minimum d’intrants phytosanitaires réduisant de cette façon les risques de présence de résidus ultérieurs. Le processus de déshydratation à haute température ainsi que la quasi absence de flore microbienne potentiellement toxinogène spécifique du stockage de la luzerne déshydratée conduisent à une inexistence de risque de toxicité lors de la consommation de ce produit par les animaux. L’utilisation des boues résiduaires en tant qu’élément fertilisant est très réglementée par la profession (leur apport est notamment interdit
en couver-ture pour des raisons évidentes de risque de contamination des parties
aériennes qui seront ensuite récoltées). La production de luzerne n’est pas
concernée par les avancées récentes en matière de biotechnologie et de production
d’organismes génétiquement modifiés. En dehors de la luzerne, les composés
entrant dans la fabrication des granulés de luzerne déshydratée sont limités et leur
incorporation est strictement contrôlée et identifiée pour le consommateur.

L’ensemble de ces raisons font que la filière est en mesure aujourd’hui d’offrir une sécurité alimentaire certaine à ses clients. Cette sécurité est confortée par les outils disponibles en matière de certification, et elle est d’autant plus aisée à assurer que la filière qui conduit le produit depuis le champ jusqu’à l’animal est courte permettant ainsi la mise en place d’une traçabilité efficace.

La contribution de la luzerne à la qualité des produits alimentaires

L’homme est omnivore et a la chance de pouvoir bénéficier d'une alimentation
diversifiée susceptible de lui apporter l’ensemble des nutriments dont il a besoin, gage de l’équilibre alimentaire. Si les besoins énergétiques sont largement et même souvent trop couverts dans les pays riches, il n'en va pas de même des apports qualitatifs dépendant à la fois de la nature, de la variété et de la composition des aliments.

Il en est ainsi de certains acides gras, en particulier des acides gras oméga-3 et oméga-6, dits "essentiels" car :

• d'une part, l'organisme ne peut les fabriquer lui-même et doit donc les puiser dans l'alimentation (ou dans des compléments),

• d'autre part, ils participent à une foule de processus importants comme la constitution et l'intégrité des membranes cellulaires, le fonctionnement du système
cardiovasculaire, du cerveau et du système hormonal, la régulation des processus inflammatoires. Leur absorption déclenche, à l'aide de plusieurs enzymes, une cascade de réactions chimiques qui permettent au corps de fabriquer des substances primordiales pour son bon fonctionnement.

Sachant que les produits animaux : lait, beurre, fromage, viande, oeufs…, représentent environ la moitié de nos apports, quel est l'impact d'une ration comportant de la luzerne sur la qualité des produits et donc sur la qualité de notre propre alimentation ? C'est la question que nous avons posée au Docteur Jean-Michel Lecerf du Service de Nutrition de l'Institut Pasteur de Lille.

DOCTEUR JEAN-MICHEL LECERF :
" Les produits laitiers et leurs dérivés contribuent d'abord très fortement aux apport en protéines, en calcium, phosphore; vitamines B et lipides d’une alimentation équilibrée. Et la teneur en protéines et surtout une concentration élevée en caséine sont des éléments essentiels dans la fabrication du fromage: c’est la coagulation du lait qui permet, lors de la première étape de fabrication du fromage, la formation d’un gel de caséine. Les étapes de fermentation et d’affinage feront le reste grâce à la diversité et à la spécificité des flores ensemencées et naturellement présentes dans le lait et dans les ateliers. Or, une alimentation fourragère du type luzerne
permet une bonne stabilisation des protéines et une augmentation de la teneur en caséine ce qui améliore la fromageabilité du lait. Enfin, la richesse en bétacarotène de la luzerne peut accroître sa teneur dans le beurre, davantage coloré. Sa tartinabilité est également accrue à partir d’un lait issu d’une alimentation animale riche en luzerne. "

Et concernant les acides gras ?
" Une alimentation fourragère du type luzerne permet de réduire la teneur en lipides du lait et d’accroître la teneur en acides gras oméga 3 du type acide lphalinolénique. Elle peut aussi accroître la teneur en acides linoléiques conjugués (CLA) grâce à la biohydrogénération naturelle des acides gras dans le rumen. On connaît aujourd’hui de mieux en mieux les bénéfices de tous ces acides gras. "

Peut-on faire des constatations identiques à propos de la viande ?
" Les produits carnés représentent aussi un volet important de la nutrition humaine, par leur teneur en protéines, fer, zinc, vitamines B et lipides. La composition lipidique de la chair des animaux a considérablement changé en l’espace de 100 ans, depuis la réduction de l’apport en herbe, en foin et en fourrage puis l’irruption dominante du soja, du maïs et du tournesol dans l’alimentation animale. Ceci a conduit à une augmentation considérable de la teneur en acide linoléique et du rapport oméga 6/oméga 3 dans la chair des monogastriques et dans une moindre mesure des ruminants. C’est ainsi que la composition en acides gras des lipides de la chair des
porcs, de la volaille, et du jaune d’oeuf s’est modifiée dans un sens défavorable. Ceci a également, surtout pour le porc, des conséquences sur la consistance et la texture du gras et de la viande du porc (et des produits de charcuterie) qui deviennent plus fluides ou trop mous. Ces facteurs jouent un rôle fondamental à côté des facteurs génétiques (sélection) des animaux. Le consommateur doit
pouvoir compter sur le producteur et la filière pour lui garantir des produits compatibles avec une bonne alimentation c’est-à-dire à la fois bons nutritionnellement et organoleptiquement. "
La notion de fibrosité chez les ruminants fait encore aujourd’hui l’objet de nombreuses recherches à travers le monde, notamment avec l’objectif de proposer un système d’unité de mesure de ce paramètre.

À l’heure actuelle plusieurs outils d’évaluation sont proposés (indice de fibrosité en France, valeur de structure en Belgique et aux Pays-Bas, NDF efficace aux Etats-Unis),
mais aucun ne rencontre une adhésion totale de la communauté scientifique.