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Segmenter la gamme
L’évolution du marché a amené la filière à segmenter sa gamme de produits et à
définir de nouveaux cahiers des charges
en matière de production. Traditionnellement
le principal critère qualitatif
en production de luzerne déshydratée
est le taux de protéines, qui est aussi
un indicateur de la valeur nutritionnelle
des luzernes déshydratées pour d’autres
paramètres. Le taux a sensiblement progressé
depuis les années 90. Cette évolution s’est faite au prix d’une
diminution des intervalles de coupe et
d’un démarrage de début de campagne
plus précoce, ce qui conduit aujourd’hui à exploiter les luzernières en 4 à 5 coupes
(contre 3 précédemment). La poursuite
dans ce sens est possible, mais la limite
viendra de l’altération de la pérennité des
luzernières si le raccourcissement des
intervalles de coupes ne permet pas une
reconstitution suffisante des réserves
racinaires.
Le développement de la consommation en
l’état fait par ailleurs naître de nouveaux
besoins sur les caractéristiques des
produits. Ainsi une part du marché exige
des taux de cellulose et de fibres (critères
variant en sens inverse du taux de
protéines) minima. Pour ces produits
fibreux, des conditionnements nouveaux
(balles, gros bouchons, cubes…) voient le
jour et nécessitent des investissements de
production
Les techniques de déshydratation
Les installations fonctionnent actuellement avec du charbon, du lignite ou de la biomasse (plaquettes bois, sciure, biogaz issue de la fermentation de matière organique, rafles de raisins, miscanthus ou herbe à éléphant…).
Un important programme de substitution des énergies fossiles par des énergies renouvelables est mis en place dans la filière depuis ces dernières années, en parallèle de la quête perpétuelle de la réduction de la consommation énergétique
Coûts de la déshydratation
Le coût de l’énergie a longtemps été le principal facteur sur lequel on pouvait jouer pour maîtriser le coût de revient de la déshydratation. Il le redevient aujourd’hui après le calme relatif des années 80. Les outils de productions (chaîne de récolte, four, tambour, presses, silos…) doivent être employés au maximum. L’existence d’activités de déshydratation complémentaires comme la pulpe de betterave permet un bien
meilleur amortissement des structures. Dans la même perspective, au niveau d’une usine, la recherche de surfaces permettant de saturer l’outil de production est intéressante, par contre elle fragilise la capacité d’adaptation et de réaction de l’usine à des conditions (climatiques par exemple) d’exploitations trop éloignées de la normale
Ces dernières années, l’exploration systématique de toutes les pistes d’économies potentielles d’énergie a également amené la profession à sécher d’avantage la luzerne « au champ » à travers le préfanage à plat. En effet, chaque point de matière sèche gagné en entrée usine est autant d’énergie économisée lors du process industriel de déshydratation.
Substitution de l’énergie fossile par la Biomasse
Le programme de substitution de l’énergie fossile par la biomasse mis en place par la profession permet de réduire les volumes d’émissions de CO2 dans une quantité équivalant à 210 000 piscines olympiques sur 5 ans !
Compte tenu de l’importance du poste énergie dans le prix de revient de la luzerne déshydratée, les usines ont toujours travaillé sur les techniques optimisant les rendements thermiques.
Dès le début des années 70, les entreprises ont développé le système de recyclage des gaz. Il s’agit d’utiliser une partie des gaz en sortie de cheminée pour les réintroduire au niveau du four afin de faciliter ainsi la combustion du combustible fossile en limitant les apports d’air froid extérieur. Cette technique a permis d’économiser de 5 à 10% d’énergie.
Le développement de procédés permettant de récupérer les calories latentes des fumées sortie sécheurs a ensuite constitué un pas décisif. Il s’agit de condenser la vapeur produite par l’évaporation du fourrage et de récupérer ainsi les calories qui auront été dégagées lors de la condensation. Ces calories peuvent ensuite être valorisées par d’autres moyens de séchage et d’évaporation. L’un d’entre eux est appelé «sécheur basse température» ou «pré sécheur» : le fourrage est alors séché en parallèle ou en pré séchage sur de grands tapis traversés par un flux d’air chaud, produit à partir des calories récupérées. L’économie d’énergie est de l’ordre de 15 à 20 %.
L’évolution de ces techniques a permis aux industriels d’atteindre de très bons rendements thermiques, parfois même très proches du rendement théorique c’est-à-dire le rendement sans aucune perte d’énergie !
D’autres techniques ont vu le jour, tel le procédé PX. Ce process, dit « voie humide », consiste à presser la matière verte et permet de produire les «extraits concentrés de luzerne» riches en protéines et en pigments naturels (chlorophylle et xanthophylles) avec une consommation énergétique moindre. Ce fractionnement permet aussi de concentrer les jus résiduels dans les évaporateurs sous vide.
Organisation
des chantiers de récolte
L’optimisation du fonctionnement d’un
outil industriel passe par la maîtrise de
son approvisionnement. Afin d’assurer
une marche de l’usine la plus régulière
possible, gage d’un moindre nombre
d’incidents ou d’arrêts toujours coûteux,
les récoltes des luzernières ont lieu durant
les périodes de fonctionnement de l’usine
c’est-à-dire 24 heures/24 en général.
L’assurance d’un compromis entre quantité
et qualité sur l’ensemble d’une campagne
et la nécessaire optimisation de la
logistique en vue de limiter les coûts
de transport d’eau, qui sera finalement évaporée ou épandue, nécessite d’organiser
les récoltes en :
• tenant compte de l’état de végétation au
démarrage de la campagne,
• intégrant la localisation des parcelles,
préservant la pérennité des luzernières
(et en particulier des plus jeunes),
• tenant compte de l’accessibilité des parcelles
pour le matériel de récolte (selon les
types de sols et la climatologie).
En général, les luzernières de première
année sont récoltées après les plus
anciennes (deuxième et troisième années).
Ce choix permet aux plantes issues
des semis de un an d’achever le développement
de leur système racinaire qui est
aussi l’organe de réserve qui assurera leur
pérennité. Les intervalles de coupe sont
de l’ordre de 40 à 45 jours, ils peuvent être variables en fonction des conditions
de végétation et des qualités de luzerne
recherchées en réponse aux cahiers des
charges issus du marché. Les parcelles
coupées précocement permettent d’avoir
accès à des luzernes de haute valeur
protéique et énergétique, elles pourront
subir une coupe supplémentaire ou être
libérées plus tôt à l’automne pour
l’implantation d’un blé.
L’andainage après une fauche à plat
Ces dernières années l’organisation des chantiers de récolte a vu l’apparition d’une nouvelle étape : l’andainage après une fauche à plat. Jusqu’à présent la fauche déposait directement la luzerne en andain.
Le préfanage au champ à plat permet d’augmenter le séchage naturel de la luzerne en répartissant le fourrage sur toute la surface du sol au lieu de le laisser en andains. Les gains moyens constatés permettent d’économiser jusqu’à 20 % d’énergie. Toutefois un tel système requiert un passage d’andaineur supplémentaire dans l’itinéraire de récolte.
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