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Luzerne & agronomie > La filière > Contraintes de production
CONTRAINTES DE PRODUCTION
> Segmenter la gamme
> Les techniques de déshydratation
> Coûts de la déshydratation
> Substitution de l'énergie fossile par la Biomasse
> Organisation des chantiers de récolte

La production de luzerne déshydratée est effectivement liée à la présence de luzernières dans la zone de collecte de l’usine de transformation. À cette fin l’ensemble des interventions techniques doivent permettre d’aboutir à l’obtention d’un potentiel de production assurant la viabilité économique de la culture de la luzerne. Par ailleurs le calendrier de récolte géré par l’usine devra permettre une reconstitution suffisante des réserves racinaires de la plante à chaque coupe pour un bon redémarrage de la pousse suivante ; de la même façon les conditions d’exploitation tardive peuvent avoir un rôle sur le redémarrage au printemps suivant ; d’une façon générale c’est le caractère pérenne de la culture qui est en jeu.


Segmenter la gamme

L’évolution du marché a amené la filière à segmenter sa gamme de produits et à
définir de nouveaux cahiers des charges en matière de production. Traditionnellement
le principal critère qualitatif en production de luzerne déshydratée est le taux de protéines, qui est aussi un indicateur de la valeur nutritionnelle des luzernes déshydratées pour d’autres paramètres. Le taux a sensiblement progressé depuis les années 90. Cette évolution s’est faite au prix d’une diminution des intervalles de coupe et d’un démarrage de début de campagne plus précoce, ce qui conduit aujourd’hui à exploiter les luzernières en 4 à 5 coupes (contre 3 précédemment). La poursuite
dans ce sens est possible, mais la limite viendra de l’altération de la pérennité des
luzernières si le raccourcissement des intervalles de coupes ne permet pas une
reconstitution suffisante des réserves racinaires.

Le développement de la consommation en l’état fait par ailleurs naître de nouveaux besoins sur les caractéristiques des produits. Ainsi une part du marché exige des taux de cellulose et de fibres (critères variant en sens inverse du taux de protéines) minima. Pour ces produits fibreux, des conditionnements nouveaux (balles, gros bouchons, cubes…) voient le jour et nécessitent des investissements de production

Les techniques de déshydratation

Les installations fonctionnent actuellement avec du charbon, du lignite ou de la biomasse (plaquettes bois, sciure, biogaz issue de la fermentation de matière organique, rafles de raisins, miscanthus ou herbe à éléphant…). Un important programme de substitution des énergies fossiles par des énergies renouvelables est mis en place dans la filière depuis ces dernières années, en parallèle de la quête perpétuelle de la réduction de la consommation énergétique



Coûts de la déshydratation

Le coût de l’énergie a longtemps été le principal facteur sur lequel on pouvait jouer pour maîtriser le coût de revient de la déshydratation. Il le redevient aujourd’hui après le calme relatif des années 80. Les outils de productions (chaîne de récolte, four, tambour, presses, silos…) doivent être employés au maximum. L’existence d’activités de déshydratation complémentaires comme la pulpe de betterave permet un bien meilleur amortissement des structures. Dans la même perspective, au niveau d’une usine, la recherche de surfaces permettant de saturer l’outil de production est intéressante, par contre elle fragilise la capacité d’adaptation et de réaction de l’usine à des conditions (climatiques par exemple) d’exploitations trop éloignées de la normale Ces dernières années, l’exploration systématique de toutes les pistes d’économies potentielles d’énergie a également amené la profession à sécher d’avantage la luzerne « au champ » à travers le préfanage à plat. En effet, chaque point de matière sèche gagné en entrée usine est autant d’énergie économisée lors du process industriel de déshydratation.

Substitution de l’énergie fossile par la Biomasse

Le programme de substitution de l’énergie fossile par la biomasse mis en place par la profession permet de réduire les volumes d’émissions de CO2 dans une quantité équivalant à 210 000 piscines olympiques sur 5 ans ! Compte tenu de l’importance du poste énergie dans le prix de revient de la luzerne déshydratée, les usines ont toujours travaillé sur les techniques optimisant les rendements thermiques. Dès le début des années 70, les entreprises ont développé le système de recyclage des gaz. Il s’agit d’utiliser une partie des gaz en sortie de cheminée pour les réintroduire au niveau du four afin de faciliter ainsi la combustion du combustible fossile en limitant les apports d’air froid extérieur. Cette technique a permis d’économiser de 5 à 10% d’énergie. Le développement de procédés permettant de récupérer les calories latentes des fumées sortie sécheurs a ensuite constitué un pas décisif. Il s’agit de condenser la vapeur produite par l’évaporation du fourrage et de récupérer ainsi les calories qui auront été dégagées lors de la condensation. Ces calories peuvent ensuite être valorisées par d’autres moyens de séchage et d’évaporation. L’un d’entre eux est appelé «sécheur basse température» ou «pré sécheur» : le fourrage est alors séché en parallèle ou en pré séchage sur de grands tapis traversés par un flux d’air chaud, produit à partir des calories récupérées. L’économie d’énergie est de l’ordre de 15 à 20 %. L’évolution de ces techniques a permis aux industriels d’atteindre de très bons rendements thermiques, parfois même très proches du rendement théorique c’est-à-dire le rendement sans aucune perte d’énergie ! D’autres techniques ont vu le jour, tel le procédé PX. Ce process, dit « voie humide », consiste à presser la matière verte et permet de produire les «extraits concentrés de luzerne» riches en protéines et en pigments naturels (chlorophylle et xanthophylles) avec une consommation énergétique moindre. Ce fractionnement permet aussi de concentrer les jus résiduels dans les évaporateurs sous vide.

Organisation des chantiers de récolte

L’optimisation du fonctionnement d’un outil industriel passe par la maîtrise de son approvisionnement. Afin d’assurer une marche de l’usine la plus régulière
possible, gage d’un moindre nombre d’incidents ou d’arrêts toujours coûteux, les récoltes des luzernières ont lieu durant les périodes de fonctionnement de l’usine c’est-à-dire 24 heures/24 en général.

L’assurance d’un compromis entre quantité et qualité sur l’ensemble d’une campagne et la nécessaire optimisation de la logistique en vue de limiter les coûts de transport d’eau, qui sera finalement évaporée ou épandue, nécessite d’organiser les récoltes en :

• tenant compte de l’état de végétation au démarrage de la campagne,

• intégrant la localisation des parcelles, préservant la pérennité des luzernières
(et en particulier des plus jeunes),

• tenant compte de l’accessibilité des parcelles pour le matériel de récolte (selon les
types de sols et la climatologie).

En général, les luzernières de première année sont récoltées après les plus anciennes (deuxième et troisième années). Ce choix permet aux plantes issues des semis de un an d’achever le développement de leur système racinaire qui est aussi l’organe de réserve qui assurera leur pérennité. Les intervalles de coupe sont de l’ordre de 40 à 45 jours, ils peuvent être variables en fonction des conditions de végétation et des qualités de luzerne recherchées en réponse aux cahiers des charges issus du marché. Les parcelles coupées précocement permettent d’avoir accès à des luzernes de haute valeur protéique et énergétique, elles pourront subir une coupe supplémentaire ou être libérées plus tôt à l’automne pour l’implantation d’un blé.

L’andainage après une fauche à plat
Ces dernières années l’organisation des chantiers de récolte a vu l’apparition d’une nouvelle étape : l’andainage après une fauche à plat. Jusqu’à présent la fauche déposait directement la luzerne en andain.
Le préfanage au champ à plat permet d’augmenter le séchage naturel de la luzerne en répartissant le fourrage sur toute la surface du sol au lieu de le laisser en andains. Les gains moyens constatés permettent d’économiser jusqu’à 20 % d’énergie. Toutefois un tel système requiert un passage d’andaineur supplémentaire dans l’itinéraire de récolte.


Répartition des coûts de transformation


Calendrier moyen d'exploitation parcellaire et fonctionnement d'une usine de déshydratation



Installation de déshydratation, avec recyclage des gaz et récupération de la chaleur latente