Piéger les insectes
au filet fauchoir
Le filet fauchoir est une sorte de filet à
papillon comportant un cercle métallique
comme armature, sur lequel repose une poche de
drap de tissu souple mais résistant. Le
tout est fixé sur un manche de 80 cm à
1 mètre, pour pouvoir le manier tel un
filet à papillon au dessus de la végétation.
Une utilisation facile
Le filet fauchoir sert à "faucher"
la partie supérieure des plantes, à
l'intérieur du champ, par un déplacement
régulier du piégeur et du filet.
Celui-ci peut être manié en réalisant
5 prises consécutives en zigzag. Cette
opération est répétée
5 fois, sur des zones équidistantes de
quelques mètres. Le sondage est donc le
résultat de 25 coups de filet fauchoir.
Cette opération facile et rapide doit être
utilisée sur une végétation
sèche (absence de rosée et d'humidité)
et suffisamment développée (10-15
cm). A la fin du piégeage, la poche du
filet est placée au congélateur,
durant une heure, pour tuer les insectes. Ces
derniers, immobiles, peuvent ensuite être
identifiés et dénombrés.
Pour suivre la dynamique de population
Le filet fauchoir permet de suivre les fluctuations
majeures des populations des ravageurs aériens
ayant une activité sur la partie supérieure
de la végétation : sitones et phytonomes
surtout. Vis-à-vis des sitones, lorsque
la luzerne est haute, les captures chutent systématiquement
car l'insecte ne se situe plus dans le haut de
la végétation. Concernant ces ravageurs,
ces informations demandent donc à être
complétées par l'appréciation
des dégâts sur la végétation
pour la prise de décision ultime.
Cette technique est aussi insuffisante pour d'autres
ravageurs aériens dits endophytes comme
les apions. Concernant cet insecte, les captures
au filet fauchoir visent uniquement les adultes
et non les larves nuisibles, cachées dans
les bourgeons. Pour cela, le prélèvement
des plantes et leur dissection est indispensable.
Une stratégie de protection raisonnée
La fauche limite les populations de ravageurs
Au cours de l’année de production, les coupes successives régulent les populations d’insectes nuisibles :
- contre les larves de phytonomes, une coupe anticipée de la luzerne suffit à éliminer ce ravageur,
- contre les larves d’apion, une coupe de nettoyage à l’automne (après mi-octobre) permet de les éliminer.
La fauche élimine la masse de luzerne et les insectes ou modifie leurs conditions idéales de développement. Mais, même après les coupes, certains ravageurs peuvent proliférer : un insecticide peut alors s’avérer nécessaire.
La lutte chimique est rarement justifiée
La lutte chimique ne doit pas être systématique mais est à réserver à quelques situations :
- contre les adultes de sitone, à la levée (avant le stade 10 cm) et lors du redémarrage difficile des luzernes après la coupe (vis-à-vis des dégâts de larves, la lutte chimique ne semble pas justifiée, la baisse des superficies des pois protéagineux ayant entraîné
une baisse des populations de sitones sur les jeunes semis de luzerne en été),
- contre les chenilles défoliatrices, en cas de fortes pullulations,
- contre les femelles d’apion, au moment de leur ponte (septembre-octobre) pour limiter le pourcentage de boutons attaqués au printemps suivant et seulement dans le cadre de jeunes semis mal implantés.
La prise de décision repose sur la connaissance d’un optimum économique. Toutefois, ce paramètre est mal connu vis-à-vis de la luzerne déshydratée. Le déclenchement des traitements doit tenir compte des facteurs suivants :
- dynamique des populations et suivi des dégâts en végétation,
- respect du délai avant récolte, et au minimum deux semaines avant la coupe pour éviter toute trace de résidu de matière active ou de ses métabolites dans la plante,
- respect des Bonnes Pratiques d’Application comme éviter les fortes chaleurs au moment des traitements,
- respect de la faune auxiliaire.
mais aussi préserver les auxiliaires
Il n’est pas rare d’observer des pucerons parasités ou détruits dans les luzernes, sous l’action conjuguée des prédateurs (chrysopes, syrphes, coccinelles), des parasitoïdes (hyménoptères) et des champignons entomophtorales. En respectant ces auxiliaires, les populations de pucerons sont bien contrôlées. Leur nombre varie avec les conditions climatiques, la quantité d’insectes nourriciers, l’environnement des parcelles et la toxicité des produits épandus.
|