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30/10/2008 |
Rémi Delatte, député : « Il faut sauver la luzerne » |
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Lors d’un colloque qui s’est tenu à l’Assemblée Nationale le 28 octobre sous la présidence de Rémi Delatte, député de Côte d’Or et exploitant agricole lui-même, plusieurs personnalités du développement durable, de la recherche agronomique et de l’apiculture ont tenu à justifier leur soutien à la luzerne déshydratée menacée de disparition par le Bilan de santé de la politique agricole européenne. La luzerne occupe 85 000 ha en France, emploie 1300 personnes et rend des services incomparables et incontestés à l’environnement et à la biodiversité.
Des menaces avérées
Au nom de l’orthodoxie libérale, et par souci de « simplification administrative » la Commission européenne veut supprimer l’aide spécifique à la déshydratation (33€/t) qui permet de compenser une partie du déficit de compétitivité de la luzerne par rapport au soja importé. Cette aide coûte à l’Union européenne 118 millions d’euros à l’Europe soit 0,2 % de son budget agricole de 55,4 milliards d’euros. Sans cette aide, les agriculteurs abandonneront purement et simplement la culture comme le prévoie la Commission elle-même dans son rapport d’évaluation (document joint). La menace est donc avérée ; l’Europe verrait ainsi disparaître 80 % des surfaces de luzerne destinées à la déshydratation !
Une plante écologique
Pour Bernard Cressens directeur des programmes de WWF France : « grâce à la capacité de la luzerne à fixer l’azote de l’air dans le sol, elle s’affranchit totalement des engrais de synthèse, limitant ainsi les pollutions des sols et des eaux mais aussi les émissions des gaz à effet de serre émises lors de la fabrication de ces engrais et de leur épandage ». Un bénéfice environnemental auquel il faut ajouter la couverture permanent du sol qui permet selon Gilles Lemaire Directeur de recherche à l’Institut National de la Recherche Agronomique de protéger les sols de l’érosion et du ruissellement, des fléaux en zones de grandes cultures. Pour Philippe Lecompte, apiculteur : « si la luzerne disparaît c’est bien simple, les dernières ruches disparaîtront aussi en région Champagne Ardenne notamment car c’est la seule plante « mellifère » qui fleurit pendant l’été. »
Des avis convergents et scientifiquement prouvés en faveur de l’environnement qui en font l’archétype de la plante « Grenelle compatible » c’est à dire qui satisfait à toutes les exigences de l’agriculture durable recommandée par le groupe IV du Grenelle de l’Environnement (document joint).
Une plante amie des agriculteurs bio
Pour l’agriculture biologique, la luzerne est un auxiliaire très précieux ainsi que l’a précisé Annick Dumortier Président d’Agro Bio Ardenne : « c’est un levier déterminant pour inciter les conversions de l’agriculture conventionnelle à
l’agriculture biologique car elle sécurise les agriculteurs dans leurs itinéraires ; à l’heure ou le Gouvernement a fixé un objectif de triplement des surfaces en bio ce serait une aberration de s’en passer ».
Souveraineté alimentaire
La France et l’Europe sont structurellement déficitaires en protéines végétales pour nourrir leurs élevages qui dépendent à 75 % des importations de l’étranger essentiellement de soja non traçé. La luzerne représente 10 % des apports. « C’est peu explique Bernard Cressens mais c’est une raison supplémentaire pour conserver voire développer cette ressource tracée et qui plus est dotée de qualités nutritionnelles de premier ordre ».
Un plan énergie volontaire et ambitieux
La luzerne a besoin d’énergie pour être déshydratée et la profession est engagée depuis plusieurs années dans un plan de réduction de ses consommations par le biais d’un process dit « de voie humide » et par la généralisation du pré-séchage au champ qui permet d’économiser 20 % d’énergie fossile. La plupart des usines par ailleurs utilisent dés aujourd’hui de la biomasse (plaquettes de bois, miscanthus) en substitution d’énergies non renouvelables. « Ces mutations industrielles nécessitent des investissements lourds, explique Jean-Pol Verzeaux Président de Coop de France Déshydratation qui représente la filière, c’est pourquoi nous avons besoin des soutiens européens jusqu’en 2013 comme d’ailleurs cela était prévu dans la réforme initiale de la Politique Agricole Commune ; supprimer ces aides brutalement dés 2010 représenterait un triste gâchis sur les plans environnemental, social et agronomique. »
D’indispensables emplois ruraux dans une gouvernance coopérative
La filière luzerne déshydratée emploie 1 500 personnes en France dont 1 300 en Champagne Ardenne. Selon ce même rapport de la Commission ces emplois se trouvent dans des zones rurales à faible potentiel de reconversion. En outre les 30 usines de déshydratation françaises serviront demain à valoriser de la biomasse pour des tiers, participant ainsi à l’aménagement du territoire et à la diversification durable de l’exploitation de nos ressources naturelles. Une mission que les usines ne pourraient assumer cependant sans l’activité luzerne qui est structurante. Enfin, l’organisation coopérative de toute la filière garantit un ancrage territorial et un type de gouvernance socialement équitable.
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