SITE_LUZERNE 2013-2
La Luzerne est menacée.Tenez-vous informés !
Developpement Durable
Biodiversité et luzerne
Indicateur synthétique, la biodiversité est devenue une dimension incontournable des débats techniques et politiques autour du développement durable.
Comme avec l’eau, la luzerne forme avec la biodiversité un brillant duo. La profession a beaucoup travaillé depuis 2009 à mesurer et objectiver l’apport de cette culture à la conservation voire au développement de la biodiversité ordinaire en régions de grandes cultures

Le label de la Biodiversité
En 2010, la luzerne a été officiellement labellisée "Année internationale de la Biodiversité"
Les raisons d'une bonne synergie
Implantation sans labour, couverture permanente du sol pendant 3 à 4 ans, quasi absence de traitements phytosanitaires, fleurissement au moins partiel 4 fois par an, la luzerne a tout du refuge idéal pour la micro et surtout la macro faune dans le concert des grandes cultures céréalières.

Encore faut-il pouvoir en mesurer objectivement les effets. C’est la raison pour laquelle Coop de France Déshydratation a initié en 2009 un ambitieux programme de gestion différenciée des parcelles de luzerne, en expérimentant la non récolte, lors de chacune des 4 à 5 coupes annuelles, d’une bande d’environ 7m de large, correspondante à la largeur de la barre de coupe des faucheuses utilisées pour la récolte.

L’objectif de cette mesure est de permettre à la luzerne d’accomplir son cycle jusqu’à la pleine floraison dans ces bandes, et ainsi de favoriser la biodiversité.
Une expérimentation exemplaire
Comparatif bande type
Comparatif bande type
Cette démarche a fait l’objet d’un suivi scientifique portant sur plusieurs indicateurs de la biodiversité ordinaire présente dans les milieux de grande culture : oiseaux, papillons de jour, abeilles domestiques, chiroptères et orthoptères. Le suivi a eu lieu sur environ une quinzaine de sites en 2009 et 2010, en région Champagne-Ardenne (et Haute-Normandie en 2010).

Le principe de cette évaluation de l’impact de ce mode de récolte différencié des luzernes consistait à suivre ces différents indicateurs dans des parcelles de luzerne recevant cette gestion différenciée, dans des parcelles de luzernes témoins gérées classiquement, et dans des parcelles de blé d’hiver elles aussi gérées conformément aux itinéraires techniques locaux habituels pour cette culture.

Plusieurs associations locales de défense de l’environnement ont été associées à cette expérimentation notamment la ligue de protection des oiseaux, le réseau biodiversité pour les abeilles, l’association nature du Nogentais, le Pays de Soulaine. Les résultats ont été interprétés et validés par le Muséum National d’Histoire Naturelle permettent d’affirmer que la luzerne « présente des intérêts marqués pour la biodiversité ».
Des résultats généralisables
Pour les papillons, on observe un effet très positif de la bande non fauchée, à la fois pour la richesse spécifique et l’abondance des populations. Ces bandes constituent une ressource alimentaire en nectar très fortement exploitée par les papillons adultes tout au long de la saison, et plus particulièrement en fin de saison quand les autres ressources nectarifères viennent à se raréfier dans le paysage. En aidant les papillons à trouver plus facilement des quantités importantes de nectar, ces bandes contribuent à une meilleure santé, et donc indirectement à une meilleure reproduction de nombreuses espèces. Cet effet sur la reproduction est même direct pour les espèces dont la chenille peut se nourrir de luzerne.

Concernant les oiseaux, plusieurs observations ont mis en évidence que les bandes de luzerne non fauchées permettaient à des nichées d’être sauvées de la destruction mécanique liée au passage de la faucheuse, et que cet habitat fleuri constituait une source alimentaire en insectes pour les oiseaux.

Pour l’abeille domestique, les bandes de luzerne non fauchées ont également constitué une source privilégiée de nectar, permettant aux colonies de réaliser des réserves plus importantes que dans un paysage dépourvu de ces bandes fleuries. Le fort intérêt mellifère de la luzerne, qui se traduit directement pour l’apiculteur par des récoltes de miel plus importantes, a clairement été retrouvé en Haute- Normandie en 2010.

La luzerne s’inscrit ainsi clairement dans l’agenda politique et réglementaire du couple agriculture-biodiversité. La pertinence de cette démarche a été reconnue dès 2010 avec l’obtention de la labellisation “Année Internationale de la Biodiversité”, puis par l’adhésion en 2011 à la Stratégie Nationale pour la biodiversité, des initiatives menées par le ministère de l’écologie. Des travaux et réflexions sont en cours pour mettre au point des systèmes de compensation de pertes de biodiversité efficaces et équitables.
En effet, la loi prévoit que toute atteinte à la biodiversité par artificialisation des terres, infrastructures terrestres, bâtiments, etc devrait trouver une compensation par réintroduction d’espèces identiques ou voisines ou aménagements d’espaces favorables à l’expression de la biodiversité. La luzerne participe à ces travaux et affirme son éligibilité à ces mécanismes.
faune sauvage et récolte
Consciente des dégâts occasionnés à certains gibiers par les ensileuses, la profession a adopté des méthodes de récolte moins agressives. Plus d'explications sur ce thème
La Luzerne: une plante précieuse pour les abeilles
Moins de luzerne = moins de miel
Dans une étude publiée par la revue scientifique Sciences (n°313) M. Biesmeier de l’université de Leeds (UK) établissait qu’en Angleterre et aux Pays Bas une corrélation existait entre la diminution des insectes pollinisateurs et la diminution des végétaux à pollinisation entomophile.
Il en va de même en France où la production de miel est corrélée à la diminution des surfaces de végétaux à intérêt apicole. Or les surfaces de luzerne cultivée aussi bien pour la déshydratation que pour l’autoconsommation sont passées de 1 million d’hectares dans les années 1970 à 300 000 hectares aujourd’hui !

Les productions de miel subissent toujours les contraintes climatiques et de ce fait les courbes de production ne sont jamais linéaires.
C’est encore plus vrai pour la miellée de luzerne pour laquelle la présence de fleurs n’est jamais certaine et les conditions de la nectarification ne sont pas toujours obtenues en raison notamment de la gestion des coupes. Si l’on s’abstrait des variations de production liées à des facteurs climatiques, on voit que la production de Champagne est relativement constante, mais que les productions du Sud, de l’Est et de l’Ouest sont, elles, en déclin.

Ce déclin est clairement lié aux diminutions de ressources intermédiaires entre les périodes de grandes miellées type colza/ tournesol. En Provence par exemple la disparition du sainfoin et de la luzerne a été un facteur important dans la diminution de la production de miel sur lavande.
Dans ces deux derniers cas en effet la luzerne, constituait un affouragement fondamental pour développer les ruches avant la miellée et la rendre apte à produire en abondance sur surlavandes ou tournesol. De la même manière la végétation pérenne de la luzerne permet la reconstitution des populations d’abeilles avant l’hiver.

La récolte de miel a connu un point bas en France en 2014 avec seulement 10 000 t à rapprocher des 15 000 tonnes produites encore en 2009 et des 35 000 tonnes dans les années 80 ! Parallèlement à cela la consommation de sirop (en remplacement du miel) est montée à peu près à l’équivalent de la production française de miel. Ceci signifie qu’aujourd’hui les apiculteurs maintiennent artificiellement le cheptel apiaire dans l’environnement en compensant la diminution des ressources en plantes mellifères par du sirop !

Toutes les ressources mellifères sont en baisse
D’autres réductions des ressources apicoles viennent aggraver la situation comme les modes de gestion des lisières forestières et des bords de routes. Les changements climatiques font que les espèces végétales non sélectionnées à des fins de productions agricoles répondront moins favorablement aux stress, hydriques en particulier. Cette réduction massive et multi causale de la ressource est une des principales raisons du phénomène de dépérissement des populations d’abeilles en zone occidentale, et particulièrement en zone de grandes cultures industrielles.

Des effets directs sur l’environnement

Aujourd’hui la tendance lourde est à la réduction du nombre des pollinisateurs et la perte de biodiversité végétale comme le confirme l’étude de Biesmeier.
En effet beaucoup de plantes ont développé au cours de la co-évolution des espèces à travers le temps des rapports de complicité/ dépendances plantes/insectes en matière de fécondation végétale. Les abeilles constituent les insectes pollinisateurs les plus performants.

Elles agissent à la fois sur les espèces végétales sauvages et cultivées.
Dans l’économie de la nature, cette fonction n’est pas rémunérée. Seule une petite partie de la pollinisation (des arbres fruitiers ou des plantes portes-graines) supporte la charge de ce service indispensable. La plus grosse part du service de la pollinisation des plantes est en fait, supportée par l’économie de la vente du miel et des autres produits apicoles.

Autrement dit, tant que le miel sera produit et pourra se vendre assez bien pour rémunérer l’apiculteur, le service gracieux à l’environnement continuera à se maintenir. Tant qu’il y aura des fleurs à butiner et des abeilles en pleine santé ce service gracieux à la collectivité se maintiendra.

Menaces sur le service de pollinisation
Or ce service gracieux est aujourd’hui menacé notamment en raison de la réduction des ressources florales.
Les mécanismes en jeu ressemblent à de fragiles châteaux de cartes où de petites variations peuvent avoir de grands effets. Toute dégradation supplémentaire de la niche écologique qu’occupent les abeilles peut produire l’effondrement du système biologique global.

Dans des suivis estivaux on a observé de manière fréquente des collectes de pollen et nectars à plus de 5 km. Ceci signifie qu’un espace favorable aux abeilles domestiques irrigue une zone de 80 Km². La réduction des surfaces productives pour les abeilles conduit ainsi à une réflexion sur la notion de zone refuge. Si l’on considère que les abeilles occupent une zone refuge sa dégradation peut alors devenir extrêmement délétère à l’espèce.

Les abeilles constituent la clef de voûte d’un système complexe qui interfère grandement avec l’économie agricole. Ainsi, la politique agricole commune a t-elle autant d’effet que la politique environnementale sur l’indispensable maintien de la biodiversité dans l’espace européen.
Là où les luzernes sont cultivées et avec des modifications marginales des modes de récolte (gestion différenciée alternative pour laisser fleurir des bandes dans les luzernières) sur l’ensemble de la zone de collecte d’une usine ou d’un agriculteur, on est capable de mettre en place une trame verte sous forme de peau de panthère où les tâches se rapprocheraient dans l’espace et le temps pour constituer une quasi continuité. Avec un coût modique pour un avantage écologique considérable.
UN DES EMBLÈMES DE L'AGRICULTURE DURABLE