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La Luzerne est menacée.Tenez-vous informés !
Luzerne et Nutrition
Débouchés traditionnels
Avec une production annuelle de plus de 900 000 tonnes de luzerne déshydratée, la France occupe la seconde position européenne derrière l’Espagne, mais devant l’Italie et l’Allemagne. L’élevage européen est de très loin le principal utilisateur de ces productions, même si l’exportation existe, jusqu’au Japon… Tout en fournissant ses marchés traditionnels en nutrition animale, la filière luzerne propose une offre de produits techniques de plus en plus ciblés en fonction des marchés et des espèces animales.
 

Plus que jamais d'actualité
Nourrir les animaux… une activité que l’élevage doit assumer et pour y parvenir la luzerne est présente depuis toujours, naturellement. Bovins, ovins, caprins, lapins, chevaux et volailles savent y trouver de quoi couvrir certains de leurs besoins nutritionnels, qui pour les fibres et la cellulose, qui pour ses pigments, un autre encore pour ses protéines. 

La luzerne déshydratée appartient en effet au panier des matières premières dans lequel les professionnels de la nutrition animale et les éleveurs puisent afin de couvrir les besoins des animaux. Ils adaptent la quantité de luzerne à intégrer dans les rations (le taux d’incorporation) aux besoins spécifiques de chaque espèce car une vache n’est pas une truie et un poulet diffère d’un canard. Les spécialistes prennent aussi en compte les besoins nutritionnels de chacun en fonction de son état physiologique : croissance, gestation, lactation…
Un poussin n’a par exemple pas les mêmes besoins en azote qu’une vache qui va avoir son veau.

Les nutritionnistes, notamment ceux de la recherche publique comme l’Inra, établissent des tables de ces besoins par espèce, par stade et par nutriment : énergie, protéines (aujourd’hui on considère plus volontiers les acides aminés), mais aussi minéraux et vitamines. Selon les espèces, les âges voire les marchés visés, des besoins complémentaires peuvent être pris en compte (fibres, pigments, profils lipidiques…). Une fois établis les besoins des animaux, les acheteurs vont faire leur choix en fonction des prix relatifs des différentes matières premières. 

Plante fourragère, donc riche en fibres et en cellulose, la luzerne trouve naturellement sa place dans l’alimentation des herbivores, qu’ils soient ruminants (bovins, caprins, ovins) ou non (lapins et chevaux). Elle peut représenter jusqu’au tiers de leurs rations. Les vaches laitières sont ainsi les premières consommatrices de luzerne (un quart de la production), suivies par les chèvres (près d’un cinquième des volumes). Les ruminants représentent au total les trois quarts des débouchés de la luzerne, toutes présentations confondues (fibres longues et granulés). Lapins et chevaux en consomment un autre quart et sont particulièrement friands de granulés (un tiers de ces derniers). 

Même si les autres marchés sont moins importants en volume, ils valorisent bien certaines fractions, comme les pigments, importants en aviculture pour obtenir une coloration naturelle des jaunes d’oeufs et de la chair des poulets ou des pintades. Dans ce dernier cas la richesse en fibres limite l’intérêt des luzernes, on leur préfèrera les concentrés protéiques beaucoup mieux adaptés à la consommation par les monogastriques.

A côté des utilisations chez les animaux de rente, on retrouve de façon plus ponctuelle des utilisations en pet food, aquaculture, voire même en alimentation humaine…
Deux façons de consommer de la luzerne déshydratée
L’animal peut retrouver de la luzerne déshydratée dans son auge (ou sa mangeoire) sous deux formes.

D’une part si cette luzerne déshydratée n’a pas subi de transformation depuis sa sortie du silo de l’usine de déshydratation, elle se retrouvera directement présentée à son consommateur. Son circuit de commercialisation aura pu inclure un distributeur qui aura fait le lien entre l’éleveur et l’entreprise de déshydratation : ce circuit est appelé « consommation en l’état ». L’éleveur décide du niveau d’incorporation de la luzerne dans l’alimentation de ses animaux. C’est le circuit de distribution privilégié pour les bovins, les caprins, les ovins et une partie des chevaux (les taux d’incorporation vont de 5 à 30%).

D’autre part la luzerne déshydratée peut être incorporée à un aliment composé de plusieurs matières premières présenté sous forme de granulés, farines ou plus simplement de mélanges (mash). Ces derniers décident du niveau d’incorporation de la luzerne : il s’agit de la filière « fabricant d’aliments composés » (FAC). Les monogastriques (volailles et porcins) et les lapins sont très majoritairement approvisionnés par ce biais (les taux d’incorporation vont de quelques % pour les monogastriques à 20-30% pour les lapins). Les ruminants sont aussi partiellement nourris avec ces aliments, mais la luzerne n’est alors incorporée qu’à des niveaux de l’ordre de 5 à 30%. Les aliments chevaux quant à eux permettent l’introduction de doses assez élevées de luzerne (20-30%).
Une vingtaine de références différentes
Traditionnellement, la luzerne déshydratée était destinée aux fabricants d’aliments pour animaux. À partir des années 80, pour accompagner la technicité croissante des fabricants d’aliments composés, la luzerne déshydratée s’est déclinée en fonction des exigences de la formulation. La différenciation est notamment basée sur les taux de protéines (de 15 à 23%), de carotène, de xanthophylles, de cellulose. Une entreprise de production de luzerne déshydratée peut ainsi proposer une vingtaine de références.
Parallèlement, l’augmentation des tonnages produits a permis aux déshydrateurs de proposer de la luzerne aux éleveurs pour la consommation en l’état. Pour répondre aux besoins particuliers de ces marchés, sensiblement différents, ils ont déployé une recherche développement spécifique : gammes organisées pour répondre à chaque segment de marché (vache laitière haute productrice, cheval, ovin à l’engrais…) et conditionnements adaptés à la manutention sur les exploitations : big bag, sacs, luzerne brins longs en balles…

Les années 90 ont été marquées par l’émergence de nombreux cahiers des charges dans toutes les productions animales. En sus des critères physico-chimiques, les gammes répondent désormais aussi à des critères complémentaires concernant la présentation, l’origine, le mode de culture… Parfois cette seconde catégorie d’exigences arrive à prendre le dessus sur la valeur nutritionnelle intrinsèque du produit.
 
Un profil nutritionnel apprécié des éleveurs et des formulateurs
Protéines, glucides, lipides, minéraux, vitamines et oligoéléments: l’alimentation doit apporter à l’organisme les différents nutriments dont il a besoin pour fonctionner, grandir, se reproduire, voire produire. 

Chaque matière première présente un profil nutritionnel spécifique. L’éleveur et le formulateur doivent donc en combiner plusieurs pour apporter aux animaux ce dont ils ont besoin tout comme l’homme doit se nourrir de façon équilibrée. Dans le même temps, on doit faire attention à ce que les aliments ne contiennent aucune substance anti-nutritionnelle (qui empêche l’animal de bien utiliser les nutriments) ou toxique.

Tout organisme a besoin d’énergie pour vivre.
L’énergie constitue donc le principal nutriment qui doit être apporté par l’alimentation. Elle peut se présenter sous différentes formes : du sucre, que le corps utilise très vite, à la cellulose (les fibres) qu’il met longtemps à assimiler. Tous les animaux ne valorisent pas les différentes formes d’énergie de la même façon, car leurs systèmes digestifs ne sont pas identiques. Ainsi, le contenu cellulaire (constitué entre autres par les sucres et l’amidon) est facilement digéré par tous quand seuls les herbivores utilisent vraiment les parois cellulaires (ou fibres) composées de cellulose, d’hémicelluloses et de lignines. 

L’énergie apportée par la luzerne est principalement constituée par les parois cellulaires. Pour estimer cette énergie, les laboratoires mesurent la digestibilité de la matière organique (dMO) : plus cette valeur sera élevée, plus la luzerne apportera d’énergie. Au cours de sa croissance, la constitution de la luzerne est modifiée. Ainsi, plus une luzerne sera récoltée jeune, plus elle contiendra d’énergie (et de protéines). En général, notamment pour la vache laitière, l’éleveur cherche la luzerne présentant la valeur énergétique la plus élevée possible.
France et Europe déficitaires en protéines

Autre nutriment central, la protéine.
La luzerne est connue pour sa richesse en protéines, dont la production peut atteindre 2 à 3 tonnes par hectare de culture. Or, ce nutriment coûte cher et l’Union Européenne n’en produit pas assez pour couvrir tous les besoins de son cheptel. Cette matière première est donc intéressante pour tous les élevages.

Les besoins sont là aussi différents d’une espèce et d’un stade physiologique à l’autre. Les vaches laitières hautes productrices consomment ainsi des luzernes qui apportent plus de 22% de protéines quant le lapin
ne nécessite pas de luzerne au-delà de 17% de protéines. 

Les différentes fractions des fibres de la plante, constituée des parois cellulaires, ne sont pas toutes digestes. Les moins digestibles sont les lignines. Le système digestif des lapins a cependant besoin d’en consommer suffisamment pour bien fonctionner.
On retrouve dans une moindre mesure le besoin d’apport d’autres fractions de fibres chez les monogastriques (volailles et porcs, notamment les truies).

On peut caractériser les fibres selon 2 aspects : la composition chimique et la présentation physique (leur longueur et leur rigidité). Les fabricants d’aliments pour animaux exigent des garanties selon l’animal destinataire. Ainsi, pour un aliment lapin, les fabricants d’aliments composés demandent un minimum de cellulose brute. Pour les gros ruminants très productifs, il faut que cette cellulose soit structurée en brins longs pour être efficace et stimuler les phénomènes de rumination. 

Plus une luzerne est riche en protéines, moins elle sera riche en fibres (que l’on peut estimer par la mesure de la « cellulose brute »). De plus, pour affiner la caractérisation des matières premières et, donc la précision des apports, la valeur « cellulose brute » est de moins en moins utilisée au profit de mesures plus précises comme les valeurs de fibres Van Soest NDF (hémicelluloses + cellulose + lignines), ADF (cellulose + lignines), ADL (lignines).
Xanthophylles et carotène : deux atouts supplémentaires
Autre fraction nutritionnelle présente dans la luzerne : les xanthophylles et le carotène, qui appartiennent au groupe des caroténoïdes. 

Très proches du point de vue chimique, ces composants n’ont cependant pas la même utilité en élevage. Ainsi, les xanthophylles sont valorisées en aviculture pour soutenir la couleur jaune des oeufs, ainsi que celle de la peau et des pattes des pintades comme des poulets. Le carotène est plutôt recherché dans le domaine de la santé, car il s’agit d’un précurseur de la vitamine A, ayant un effet sur la fertilité.

Ces molécules sont très fragiles, car elles sont très sensibles à la lumière et à l’oxydation. Elles font donc l’objet de soins très attentifs au moment de la récolte. Afin de proposer des produits encore plus riches, demandés par le marché, des procédés d’extraction complexes sont mis en oeuvre dans les usines de déshydratation. 


Également riches en matières minérales, d’autant plus qu’elles sont plus riches en protéines, les luzernes déshydratées apportent par exemple du calcium. Son rôle est bien connu dans la croissance et l’entretien du squelette et il intervient aussi dans le bon fonctionnement du rumen, en tant que substance tampon.
La luzerne constitue également une source de phosphore très assimilable (en comparaison avec celui qui est présent dans les céréales), de magnésium et de potassium (qui intervient dans la régulation des échanges intra-cellulaires) mais aussi de différents oligo-éléments. La teneur de ces différents composants varie selon le sol, la fertilisation apportée et le stade de récolte de la plante. 

Lorsqu’il croise les besoins des animaux et les apports des différentes matières premières pour optimiser la formule d’un aliment, tout utilisateur doit savoir précisément ce qu’il fait et ce qu’il peut faire. Il doit donc pouvoir compter sur des produits les plus constants possibles. Consciente de cet enjeu, la filière luzerne déshydratée s’est dotée très tôt d’outils de contrôle pour bien connaître la qualité de chaque lot récolté et pouvoir mettre à disposition du marché des produits normés et stables quelle que soit la période d’expédition. 
Cette maîtrise et ce savoir-faire sont unanimement reconnus par la profession de l’alimentation animale. Les éleveurs adeptes de la consommation en l’état sont également sensibles à cet argument qui confère à la luzerne déshydratée un avantage concurrentiel sur les autres matières premières.
 
UNE CULTURE DE CHOIX
POUR TOUS LES ELEVAGES